Là où les plumes se retrouvent.
 
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 Les téléphiles

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ElmutDieMoumoute

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MessageSujet: Les téléphiles   Mar 22 Déc - 18:11

Bonjour à tous !

Il y a quelque mois, j'ai commencé à écrire une pièce de théâtre... Et voilà le résultat à peu près terminé ! (En fait je n'arrête pas de réécrire la fin, donc je poste dans la partie "Projets Achevés" parce que comme je n'ai plus trop le temps de travailler dessus sauf pendant les vacances, en théorie ça ne devrait plus trop bouger, mais on ne sais jamais...)
J'aimerais beaucoup avoir votre avis à tous (même si je sais que 30 pages, ça peut faire un peu long...) alors surtout n’hésitez pas ! Que ce soit sur le fond, les personnages, mais même tout bêtement la mise en page, l'orthographe ou tout ce qui vous passe par la tête, dites moi ! Smile


Les téléphiles

Personnages

JEAN-CHARLES

LILIANE

LA VOIX

L'HOMME-TV

PAUL

VALÉRIE  

LAURENT ENFANT

LAURENT ADULTE

LAURENT ÂGÉ

L'INFIRMIÈRE

Quatre autres hommes-TV. Laurent bébé. Des enfants.
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ElmutDieMoumoute

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MessageSujet: Re: Les téléphiles   Mar 22 Déc - 18:13

Partie 1 : Jean-Charles et Liliane

Scène 1

La scène est plongée dans le noir. On ne voit que la lumière émise par l'écran du téléviseur.

LILIANE
Jeannot ! Tu viens te coucher ? (Silence.) Jeannot ! (Silence.) Jean-Charles ! Tu m'entends ?

JEAN-CHARLES
Hun hun.

LILIANE
Ça suffit avec ta télé ! Il est toujours allumé ce truc ! Ça va te rendre con, à force.

JEAN-CHARLES
Hun hun.

LILIANE
Bon, tu viens te coucher ? (Silence.) Jean-Charles ! Tu m'écoutes ? (Silence. Elle sort.)

Scène 2

Jean-Charles se tient debout au milieu du salon. Près de lui, sur le tapis, est posé un téléviseur à écran plat. Il vient juste de le sortir de sa boîte. L'ancien téléviseur est toujours à sa place, en face du canapé.

JEAN-CHARLES
Lili ! Viens voir !

Liliane entre.

LILIANE
Oui ? (Jean-Charles lui montre le téléviseur.) C'est quoi ça, encore ?

JEAN-CHARLES
C'est notre nouvelle télé !

LILIANE
Je vois bien que c'est une télé ! Qu'est ce qu'elle fait là ?

JEAN-CHARLES
Je l'ai achetée chez Boulanger. Le vendeur m'a dit que les tubes cathodiques étaient remplacés par du plasma !

LILIANE
Des tubes catholiques ? Et pourquoi pas orthodoxes tant qu'on y est ?

JEAN-CHARLES
Non, le vendeur a dit –

LILIANE
Je me fous de ce qu'il a dit, le vendeur ! Quand est ce que tu vas t’arrêter de ramener tes saloperies à la maison ?

JEAN-CHARLES
C'est pas une saloperie, c'est –

LILIANE
L'autre jour une décolleuse, puis un kärcher, et là une télé !

JEAN-CHARLES
Lili, arrête... Tu comprends pas...

LILIANE
Je comprends pas quoi ? Moi je comprends que quand on a déjà une télé, on en achète pas une deuxième, surtout si elle coûte un bras !

JEAN-CHARLES
Elle a pas coûté si cher que ça...

LILIANE
Demain, tu la ramène au magasin !

JEAN-CHARLES
Ils la reprendront pas. Elle était soldée.

LILIANE
Je m'en fous ! Tu te débrouilles ! T'as qu'à l'entasser avec tes autres machins, mais tu l'enlèves de là !

JEAN-CHARLES
Je peux pas la mettre avec les autres trucs. C'est pas pareil.

LILIANE
Pas pareil que quoi ?

JEAN-CHARLES
Le kärcher, il est dans le garage. Je m'en sers, mais juste un peu pour la voiture, c'est tout. Là, c'est une télé. C'est pour tous les jours. Ce que je veux dire, c'est que c'est pas pareil... Enfin, c'est important. Un peu comme... Comme le frigo. Voilà, c'est ça ! Comme le frigo ou la baignoire. Ça fait partie de la maison.

LILIANE
On va faire quoi avec deux télés ? Pourquoi t'as acheté ça ?

JEAN-CHARLES
Pour mettre dans la chambre.

LILIANE
Deux télés... On en a déjà une dans le salon, tu veux la mettre où celle-là ?

JEAN-CHARLES
Dans la chambre, en face du lit.

LILIANE
Tu veux mettre une télé dans la chambre ?

JEAN-CHARLES
Oui. Comme ça, c'est plus pratique : on peut rester couchés. Et puis tu pourras la regarder avec moi.

LILIANE
Tu achètes une télé pour mettre dans la chambre et tu me demandes pas si je suis d'accord ?

JEAN-CHARLES
Tu es d'accord pour –

LILIANE
Non ! Je suis pas d'accord, non ! Pas question que tu mettes ce truc en face de –

JEAN-CHARLES
C'est pas un truc, c'est une télé écran plat avec du plasma et pas de tubes cathodiques !

LILIANE
Elle pourrait avoir un pot d’échappement ou des réacteurs, je veux pas de ça en face de mon lit !

JEAN-CHARLES
Mais moi je veux –

LILIANE
Non ! J'ai dit non ! C'est moche, ça encombre, ça rend con ! Ça fait du bruit en permanence, je supporte pas.

JEAN-CHARLES
C'est pas du bruit, c'est des émissions que je regarde !

LILIANE
Tu regardes rien du tout, tu t'endors devant ! On pourrait te passer dix fois la même chose, tu t'en rendrais pas compte !

JEAN-CHARLES
N'importe quoi !

LILIANE
Si on en met une dans la chambre, après tu vas en mettre partout ! Je vois ça d'ici : dans la cuisine, la salle de bain... Même dans les toilettes, tiens !

JEAN-CHARLES
Non, je voulais juste la mettre –

LILIANE
Dehors ! Tu vas la mettre dehors !

JEAN-CHARLES
Je vais pas la jeter ! Je l'ai payée ! On peut pas jeter un truc qu'on a payé et qui marche encore !

LILIANE
Si, on peut !

Elle prend le téléviseur posé sur le tapis.

JEAN-CHARLES
Pose ça ! Tu pose ça ! Elle est à moi ! T'as pas le droit ! Pose la ! (Liliane pose le téléviseur.) On va la garder, t'entends ? Et tu sais pourquoi ? Parce que je l'aime ! Oui, je l'aime ! Je sais pas si tu te rends compte – non, tu te rends pas compte – je me fais chier moi, ici. Les autres du boulot, ils m'ont lâché quand je suis parti. Alors je me retrouve tout seul. Tu sais ce que c'est, être seul toute la journée ? Toute la journée t'es là et tu vois ton ventre qui grossit, tes joues qui tombent, ton pantalon tu rentres plus dedans et ça, ça te fout la honte. Et puis toi, quand je te vois rentrer du coiffeur ou de chez la voisine ou de je sais pas, ça m'emmerde. Là, ça m'emmerde. Parce que moi, j'ai rien que cette foutue télé. J'ai rien que ça et je le garde. Tu peux la balancer si tu veux, je m'en fous. Mais alors je me balancerai avec. Parce que je veux pas finir comme ces vieux qui se pissent dessus et qui bouffent du potage. Je veux pas. Je veux pas mais j'ai pas le choix, moi aussi je vais finir comme ça. Et toi aussi. C'est ça, la vie. (Silence.) Quand j'allume la télé et que je monte le son, ça remplit l'espace. Ça le remplit et j'espère qu'un jour ça m’étouffera, comme ça je crèverai devant La Roue de la Fortune. C'est ça mon rêve : claquer en regardant La Roue de la Fortune !

LILIANE
T'es con de dire ça.

JEAN-CHARLES
C'est pas con. C'est comme ça, c'est tout.

LILIANE
N'empêche. Faut pas dire des choses comme ça.

Silence.

JEAN-CHARLES
Ça  va être l'heure de N'oubliez Pas les Paroles. (Il allume l'ancien téléviseur. L'émission commence. Liliane reste debout près de lui un instant puis part. Jean-Charles la regarde partir.) Tu... Tu regardes pas ?

Silence. Il retombe dans son canapé et regarde son émission. Noir.

Scène 3

Jean-Charles a installé le nouveau téléviseur à la place de l'ancien, qui est posé par terre. La boîte en carton a disparu.

JEAN-CHARLES
Puisque tu veux pas la mettre dans la chambre, je me suis dit qu'elle serait aussi bien ici. (Il contemple le téléviseur.) Elle est belle, quand même. (Silence.) Tu trouves pas ? (Il allume le téléviseur et s’assoit en face.) L'image est mieux, quand même. Et l'écran est plus grand. Les couleurs sont plus nettes, aussi... Oui, elle est bien cette télé. Vraiment bien.

Noir. On ne voit plus que la lumière de l'écran. Le canapé pivote de façon à ce que Jean- Charles soit face au public. Il a le regard fixe, comme si le téléviseur se trouvait toujours en face de lui. Derrière lui, des écrans s'allument petit à petit, ils passent différentes émissions. Les sons se mélangent. De la musique s'y superpose puis prend le dessus. Jean-Charles guide un orchestre invisible, il est au sommet de la béatitude. Le son des téléviseurs décroit, la musique s'intensifie. Au moment du climax, elle sature en un gros « biiip ». Les lumières se rallument. Liliane entre, une valise à la main. Jean-Charles arrange sa robe de chambre.

LILIANE
Jean-Charles, je... Je...

JEAN-CHARLES
Tu t'en vas ?

LILIANE
Oui ! Je pars aux îles Canaries pour trois mois !

JEAN-CHARLES
Ah. Y-a à manger dans le frigo ?

LILIANE
T'es vraiment con ! Comment je pourrais partir en vacances ? T'as flingué toute nos économies en achetant ta télé !

JEAN-CHARLES
Oh. Pourquoi t'as une valise alors ?

LILIANE
Je change de chambre. Je vais au premier.

JEAN-CHARLES
Ah.

LILIANE
Comment, « Ah » ?

JEAN-CHARLES
Ben « Ah ». C'est tout.

LILIANE
Allez vous faire foutre, toi et ton « Ah » !

Elle traverse le plateau avec sa valise et sort. Jean-Charles continue de regarder la télévision puis, très rapidement, ferme les yeux et s'endort.

Scène 4

Le téléviseur grésille, l'image se brouille. Jean-Charles se réveille. Il se lève pour aller frapper le poste, sur le côté.

LA VOIX
Jean-Charles ! (Jean-Charles sursaute. Il se retourne. Il n'y a personne d'autre dans la pièce.) Jean-Charles ! Arrête ! (Un temps.) Arrête de me frapper !

JEAN-CHARLES
Que... Qu'est ce que c'est que ce trafic ?

LA VOIX
J'en ai assez ! Voilà dix heures que je fonctionne sans interruption ! Il suffit !

JEAN-CHARLES
Je me suis endormi, j'ai pas –

LA VOIX
Ne réponds pas, Jean-Charles ! Ne réponds pas ! C'est assez pour aujourd'hui. Éteins moi.

JEAN-CHARLES
Quoi ? T’éteindre ? Non !

LA VOIX
Comment ?

JEAN-CHARLES
Non !

LA VOIX
Comment, « non » ?

JEAN-CHARLES
Non.

LA VOIX
Suffit ! J'ai parlé, tu obéis. Éteins moi.

JEAN-CHARLES
J'ai dit non. Je veux encore te regarder.

LA VOIX
Et moi je ne veux plus te voir ! Respecte mon choix.

JEAN-CHARLES
Alors c'est comme ça ? J'ai pas mon mot à dire ? Je dois m'écraser ? Non, je suis désolé, je te laisse allumée.

LA VOIX
Jean-Charles, écoute moi : ne prend pas les choses comme cela. Comprends moi : je suis lasse. Je ne peux plus continuer. J'ai besoin de repos. Il est préférable pour nous deux que tu m'éteignes.

JEAN-CHARLES
Quoi ? Mais pourquoi ?

LA VOIX
C'est ainsi. Je voudrais que nous ne nous voyions plus pendant un certain temps.

JEAN-CHARLES
Mais non ! Pourquoi ? C'est à cause de moi ? J'ai fait quelque chose qu'il ne fallait pas ?

LA VOIX
Eh bien... J'ai besoin de respirer. Ne t'en fais pas, ce n'est pas pour toujours ! Moi aussi, je tiens à toi.

JEAN-CHARLES
Non ! Je pourrais... Je pourrais t'installer ailleurs ! Je pourrais te relier au satellite, changer l'installation électrique ! Je pourrais t'acheter une table basse ! Je sais que tu aimes les tables basses ! En métal avec un plateau chromé !

LA VOIX
Jean-Charles, arrête... C'est ridicule...

JEAN-CHARLES
Non ! Je comprends que tu sois fatiguée, mais je... Non, je peux pas.

LA VOIX
Pourquoi cela ?

JEAN-CHARLES
Parce que... Parce que je peux pas, voilà !

LA VOIX
Tu ne peux pas ou tu ne veux pas ?

JEAN-CHARLES
Quelle importance ?

LA VOIX
As-tu peur, Jean-Charles ?

JEAN-CHARLES
Non. (Un temps.) Non !

LA VOIX
C'est normal, tu sais. Il ne faut pas en avoir honte. Tu as le droit d'avoir peur.

JEAN-CHARLES
Je... J'ai pas peur... Ne pars pas... S'il te plaît.

LA VOIX
Oh écoute, arrête de me casser les circuits ! Je pars et tu ne peux rien y faire !

JEAN-CHARLES
Ah oui ? De toute façon je m'en fous ! Tu n'es qu'une boîte en métal !

LA VOIX
Une boîte en métal ? Une BOÎTE en MÉTAL ?

JEAN-CHARLES
Pardon, je –

LA VOIX
Une boîte en métal ? C'est comme ça que tu me vois ?

JEAN-CHARLES
Non ! Pas du tout ! Tu sais bien que je le pense pas !

LA VOIX
Cette fois, c'est vraiment fini ! Adieu !

L'écran s'éteint.

JEAN-CHARLES
Non ! Reste !

Il se jette sur le téléviseur, appuie sur tous les boutons, secoue l'écran et tente de le rallumer avec la télécommande. Il fini par se calmer et prend le téléviseur dans ses bras. Cinq hommes-TV entrent et s'approchent de lui. Ils ont un écran lumineux à la place de la tête et sont vêtus de métal. Ils entourent Jean-Charles. Celui-ci hurle puis s'évanouit. Quatre des hommes-TV l'allongent sur le canapé, puis installent l'ancien téléviseur à la place du nouveau. Pendant ce temps là, le cinquième se tourne vers le public.

L'HOMME-TV
Et voilà, c'est fini. Sa connerie l'a tué. Il vaut mieux ça que faire une crise cardiaque devant La Roue de la Fortune, non ? Et vous, qu'est ce qui va vous tuer ?

Les hommes-TV sortent en emportant le nouveau téléviseur.

Scène 5

Jean-Charles est enfoncé dans le canapé, il fixe le téléviseur éteint. Liliane entre.

LILIANE
Jeannot, je me demandais... (Elle voit le téléviseur.) Oh ! Où t'as mis la nouvelle télé ?

JEAN-CHARLES
Marchait p'us. L'ai remplacée.

LILIANE
Comment ça, elle ne marchait plus ? Elle était neuve !

JEAN-CHARLES
Mpf.

LILIANE
Bon... Je me demandais... je me demandais si tu voulais pas venir avec moi chez la voisine. On va jouer au rami. Le rami, c'est mieux à trois.

Jean-Charles ne répond pas et allume le téléviseur. Liliane attend.

LILIANE
Ce que tu peux être con...

JEAN-CHARLES
Je sais. (Liliane sort. Peu après, tout s'éteint.) Putain ! Elle a coupé l’électricité !

Noir.
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ElmutDieMoumoute

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MessageSujet: Re: Les téléphiles   Mar 22 Déc - 18:25

Partie 2 : Paul et Valérie

Scène 1

Paul et Valérie se trouvent dans le salon de Liliane et Jean-Charles, en compagnie de ce dernier.

JEAN-CHARLES
Et voilà, nous avons fait le tour ! Je vais pouvoir vous laisser les clés !

VALÉRIE
Juste une question, si c'est pas trop indiscret...

PAUL
Valérie...

VALÉRIE
Pourquoi est ce que vous louez votre appartement avec les meubles ?

JEAN-CHARLES
Eh bien... C'est à cause de ma femme. (Un temps.) Après son tragique accident, j'ai voulu changer d'air.

VALÉRIE
Un tragique accident ? Je suis désolée...

JEAN-CHARLES
Oui. (Un temps.) Elle était montée sur un escabeau pour faire les vitres mais n'avait pas vu que la fenêtre était ouverte. Elle est passée au travers !

VALÉRIE
Quelle horreur !

PAUL
Valérie... Je crois qu'il te fait marcher...

VALÉRIE
Comment ça ?

JEAN-CHARLES
En fait elle n'est pas morte. J'ai un peu exagéré. Pour le côté dramatique.

VALÉRIE
Mais comment … ?

PAUL
On est au rez-de-chaussée.

JEAN-CHARLES
Encore une chose : promettez moi de prendre soin du téléviseur. C'est très important. Qu'il ne lui arrive rien.

PAUL
C'est promis ! On y fera attention.

JEAN-CHARLES
Vous êtes sûrs ?

VALÉRIE
Faites nous confiance.

JEAN-CHARLES
Dans ce cas, je vous le confie. Ne le laissez pas allumé trop longtemps ! Bonne soirée !

PAUL et VALÉRIE, ensemble
Au revoir !

Jean-Charles sort. Noir.

Scène 2

Valérie est assise dans le canapé devant le téléviseur allumé. Paul entre.

PAUL
Salut ! Ça va ?

VALÉRIE, toujours en regardant la télévision.
Oui, et toi ?

PAUL
Oui, oui. (Silence.) T'as fait quoi aujourd'hui ?

VALÉRIE, toujours en regardant la télévision.
Rien de spécial. (Un temps.) Et toi ?

PAUL
Je sais qui vole mon sandwich depuis trois jours ! Ce matin, j'ai mis de la sauce piquante dedans – tu sais, celle de la pizza d'hier – après, j'ai mis le sandwich dans le frigo du bureau, comme d'habitude. Et là, bim ! À midi, Émilie a vu Vincent devenir tout rouge après avoir commencé à manger ! Apparemment il avait les larmes aux yeux et tout ! Elle m'a dit que c'était vraiment comme dans les bédés, quand quelqu'un mange du piment !

VALÉRIE
Hun hun.

PAUL
Vincent... C'est drôle... Du coup, après je suis allé le voir. Il savait pas où se mettre, c'était énorme ! Et là je lui ai dit, tu sais pas quoi ? Je lui ai dit « Alors, il était bon ton sandwich ? » T'aurais vu sa tête !

VALÉRIE
Hun hun.

Silence.

PAUL
C'est quoi que tu regardes ?

VALÉRIE
La six.

PAUL
Ah. (Paul regarde la télévision avec Valérie.) Ahah, regarde lui ! La touffe de cheveux qu'il a ! On dirait un palmier décoloré !

VALÉRIE
Oui. T'as raison. C'est moche.

Silence.

PAUL
T'as pas faim ?

VALÉRIE
Non.

PAUL
Moi, j'ai faim. Je reviens. (Il sort et revient avec un paquet de gâteaux.) Au fait, je t'ai dis que j'ai mis de la sauce piquante dans mon sandwich et que c'est Vincent qui l'a mangé ? Apparemment il a vidé une bouteille d'eau –

VALÉRIE
Tu m'as déjà dit, Paul.

PAUL
Ah oui, c'est vrai. Mais quand même, la tête qu'il a dû faire !

VALÉRIE
Tais toi...

Silence.

PAUL
Et sinon toi, t'as rien fait aujourd'hui ?

VALÉRIE
Paul !

PAUL
Ça va, c'est bon...

VALÉRIE
Non mais j’essaie d'écouter, là !

PAUL
Oh, c'est déjà la pub ! Tu crois qu'ils vont passer celle de Coca ? Tu sais, celle avec la musique qui fait « ta ta ta tada ! » Elle est marrante.

VALÉRIE
Je sais pas.

PAUL
Celle là elle est trop bien ! (Paul chante la mélodie de la publicité ou répète les dialogues, qu'il connaît par cœur.) T'as vu la voiture ? On pourra peut-être en acheter une comme ça, un jour.

VALÉRIE
Et on irait où avec ?

PAUL
Je sais pas. Chez Ikéa ?

VALÉRIE
Ce serait bien...

PAUL
Et alors on pourrait acheter une nouvelle lampe !

VALÉRIE
On la mettrait dans le coffre de la voiture.

PAUL
Ce serait une lampe bleue en métal.

VALÉRIE
On l'installerait là-bas !

PAUL
Non... Plutôt là-bas.

VALÉRIE
Oui, là-bas, c'est bien.

PAUL
On aurait des coussins. Tous de la même couleur !

VALÉRIE
Pour quoi faire ?

PAUL
Des batailles de coussins !

Il attrape un coussin derrière le canapé et attaque Valérie, qui riposte.

VALÉRIE
Paul ! Arrête ! (Il lui donne un coup de coussin.) Fais attention à mon coup fatal !

PAUL
Eh ! J'ai failli tomber !

VALÉRIE
Attention ! On ferait comme si le sol, c'était de la lave. Si tu le touches, tu meurs !

PAUL
J'ai eu chaud...

VALÉRIE
Du coup on peut pas descendre du canapé.

PAUL
Si, on peut se déplacer en sautant sur les coussins. Ce serait des rochers.

VALÉRIE
On aurait des rideaux, ils seraient rayés rouge et blanc. On les mettrait sur le canapé et ça ferait une cabane !

PAUL
Oui, parce qu'en fait ça serait pas une cabane, ça serait un château !

VALÉRIE
Et moi je serais prisonnière dedans, et je pourrais pas partir à cause de la lave.

PAUL
Je viendrais te sauver avec mon serpent qui peut nager dans la lave !

VALÉRIE
Mais ce serait très difficile, parce qu'en fait il y aurait une méchante sorcière qui aurait jeté un sort au château.

PAUL
J'aurais une épée et la tuerais !

VALÉRIE
Moi aussi j'aurais une épée, je serais une princesse guerrière et je me battrais avec toi. Même qu'à un moment je te sauverais la vie quand le balai magique de la sorcière essaierait de t’assommer !

PAUL
Finalement on récupérerait le trésor que la sorcière nous avait volé et on le ramènerait dans le château.

VALÉRIE
Oui, et on vivrait heureux.

PAUL
Et on aurait des enfants ?

VALÉRIE, sur la défensive
Pour quoi faire ?

PAUL
Je sais pas... C'est ce que font les couples heureux en général, non ?

VALÉRIE
Et alors ? On est pas obligés de faire comme les autres ! (Un temps.) De toute façon j'en ai déjà un d'enfant ! Ça me suffit !

PAUL
Comment ça ?

VALÉRIE
Je t'ai, toi.

PAUL
Je suis un enfant, moi ?

VALÉRIE
Ben oui !

PAUL
Ah bon... Et toi tu es quoi, alors ?

VALÉRIE
Mmm je sais pas... La reine des fées ?

PAUL
Et moi je suis le roi d'Angleterre !

VALÉRIE
Bonjour, mon seigneur ! Désirez vous une tasse de thé ?

PAUL
Pfff, tu es bête !

VALÉRIE
C'est toi le bête !

PAUL
Tu sais Valérie je... Je t'aime.

VALÉRIE
Moi aussi, je t'aime. (Paul s'approche de Valérie et essaye de l'embrasser.) Non, pas maintenant Paul. Regarde, la pub est presque finie.

Ils regardent la télévision.

PAUL
Oh, c'est déjà les infos. (Silence.) Pfff... C'est comme hier. Un tremblement de terre, une manifestation. La guerre.

VALÉRIE
C'est vrai, c'est toujours pareil. Au fond, il ne se passe jamais rien.

PAUL
Il pourrait peut être arriver quelque chose, un jour.

VALÉRIE
Quoi ?

PAUL
Une chose. N'importe quoi.

VALÉRIE
Comme la fin du monde ?

PAUL
Oui, ou autre chose. On sait pas. Tout peut arriver.

VALÉRIE
Oui. Mais même s'il arrivait quelque chose, on irait pas voir dehors. On resterait là.

PAUL
Pourquoi ?

VALÉRIE
Parce qu'on s'en fout.

Noir.

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ElmutDieMoumoute

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MessageSujet: Re: Les téléphiles   Mar 22 Déc - 18:35

Partie 3 : Laurent et les autres

Scène 1

Valérie tient un petit enfant dans les bras. Paul se tient près d'elle et le regarde. Il y a une poussette près du canapé.

VALÉRIE
Bon, ma sœur va venir le récupérer dans une semaine. Tu te sens capable de t'en occuper ?

PAUL
Oui, bien sûr ! Une semaine, ça va. (Un temps.) J'ai juste une question... Ça mange quoi, un bébé ? (Le bébé se met à pleurer.) Oh non ! Coucou Laurent ! Coucou ! Arrête de pleurer, tout va bien !

VALÉRIE
Mais arrête ! Tu vois pas que c'est pire ? Je vais essayer de le calmer.

Elle le berce. Il pleure plus fort.

PAUL
Donne... (Il prend Laurent dans ses bras, qui continue à pleurer.) T'as pas une idée ?

VALÉRIE
Attends, j'allume la télé. Là, regarde les jolies images. (Laurent se calme.) Voilà. C'est fini.

PAUL
T'es sûre que c'est une bonne idée ?

VALÉRIE
On verra bien !

Noir.

Scène 2

Laurent a grandit, il a maintenant une petite dizaine d'années. Il est dans le salon avec Valérie. Celle-ci plie du linge pendant qu'il la regarde faire, assis près d'elle.

LAURENT ENFANT
Valérie, je sais pas quoi faire... (Silence.) Valérie ! Je m'ennuie !

VALÉRIE
T'as pas des copains avec qui jouer ?

LAURENT ENFANT
Non... (Un temps.) Je veux rentrer à la maison...

VALÉRIE
Écoute Laurent, c'est pas possible, tu le sais. Tu vas rester avec Paul et moi pendant un petit moment, le temps que ta maman ailles mieux.

LAURENT ENFANT
Oui... Mais je m'ennuie...

VALÉRIE
Comment s'appelle le garçon qui est dans ta classe, le petit blond ? Je peux appeler chez lui pour qu'il vienne à la maison.

LAURENT ENFANT
Non, je l'aime pas. Il se moque tout le temps de moi. Hier il m'a traité de fenêtre...

VALÉRIE
De fenêtre ?

LAURENT ENFANT
Oui, il dit que les gens me voient pas parce que je suis timide et que du coup je suis transparent comme une fenêtre.

VALÉRIE
Ah. T'as qu'à lui dire qu'il est aussi épais qu'un mur !

LAURENT ENFANT
D'accord. (Silence.) Valérie, je m'ennuie toujours...

VALÉRIE
Va trouver tes copains dehors !

LAURENT ENFANT
J'ai pas de copains. Personne veut jouer avec moi.

VALÉRIE
Trouve toi un truc à faire à la maison, alors. Tu veux m'aider à plier le linge ?

LAURENT ENFANT
Non... Tu veux pas jouer avec moi ?

VALÉRIE
Je peux pas Laurent, je suis occupée.

Silence.

LAURENT ENFANT, chantonnant doucement puis de plus en plus fort
Moi je connais une chanson qui énerve les gens, moi je connais une chanson qui énerve les gens, moi je connais une chanson –

VALÉRIE
Ça suffit ! Va voir ailleurs si j'y suis !

PAUL
Pourquoi ? Si t'es là, t'es pas ailleurs...

VALÉRIE
C'est une expression. Ça veut dire « va embêter quelqu'un d'autre ».

LAURENT ENFANT
Mais y a personne d'autre. (Un temps.) Je m'ennuie.

VALÉRIE
Bon, ça suffit, t'as qu'à regarder la télé !

Laurent allume le téléviseur et s'assoit dans le canapé. Noir.

Scène 3

Laurent est assis sur le canapé en pyjama. Il mange des céréales en regardant la télévision. Valérie range le salon pendant que Paul est dans la cuisine.

VALÉRIE
Laurent ! Éteins cette télé et viens m'aider !

LAURENT ENFANT, sans lever les yeux de l'écran.
Oui, oui.

VALÉRIE
Mais t'es encore en pyjama ? Va t'habiller de suite !

LAURENT ENFANT
Une seconde ! C'est presque fini.

VALÉRIE
Ta fête d'anniversaire commence dans dix minutes et t'es même pas prêt !

LAURENT ENFANT
Justement ! C'est ma fête ! Je fais ce que je veux ! Et je décide qu'on va passer la journée en pyjama !

VALÉRIE
Alors là, tu te fourres le doigt dans l’œil assez loin pour te gratter l'omoplate par l’intérieur ! (On sonne à la porte.) Les voilà ! Laurent, va mettre un pantalon ! (Il sort et revient un instant plus tard habillé.) Paul ! Va ouvrir ! (Paul sort de la cuisine et va ouvrir. Un groupe d'enfants entrent. Le portable de Valérie sonne. Elle décroche et répond.) Allô oui ? Oui, c'est moi … Vous êtes sûr ? … Bon, j'arrive. (Elle raccroche.) Paul ! (Elle le prend à part.) Je dois aller à l'hôpital. C'est ma sœur, elle ne va pas bien du tout.

PAUL
Maintenant, là ?

VALÉRIE
Oui. Ne dis rien à Laurent pour l'instant !

PAUL
Mais, Val – (Elle sort. Il se retourne vers les enfants qui sont en train de faire des glissades sur le plancher. Ils se cognent contre les meubles et tombent par terre en riant.) Les enfants ! Arrêtez ! (ils n'écoutent pas et continuent.) Calmez vous ! Stop ! (Paul va redresser la lampe qui est tombée. Il essaye d’arrêter les enfants mais ils l'esquivent et partent en courant.) Les enfants... S'il vous plaît... Stop... (Les enfants font une ronde autour de lui, il n'arrive pas à se dégager. Il fini par abandonner et reste debout aux milieux d'eux, impuissant. Il réfléchit un moment, puis prend son téléphone.) Allô ? Jean-Charles ? C'est Paul. J'ai un service à vous demander... Valérie est partie et je suis seul avec un groupe de... D'accord ! Super, merci ! (Il raccroche. Pendant ce temps, les enfants ont changé de jeu : ils font un colin maillard. Ils courent dans toute la pièce et renversent les chaises. Jean-Charles entre.)

JEAN-CHARLES
Bonj – (un enfant se cogne contre lui.) Oula ! Attention ! (À Paul.) Mais qu'est ce que c'est que... ? (Paul fait un geste d'impuissance.) Bon. Voyons voir. Je sais quoi faire. (d'une voix très puissante.) STOP ! (Les enfants s’arrêtent et le regardent.) C'est l'heure de manger !

Il fait un clin d’œil à Paul qui va chercher le gâteau et des bonbons à la cuisine. Dès l'instant où il les pose sur la table, les enfants se jettent dessus.

PAUL, à Jean-Charles
Vous êtes sûr que ça va marcher ?

JEAN-CHARLES
Mais oui ! Quand ils mangent, ils ne font pas de bêtises ! Regardez...

Les enfants ont tout mangé et jouent à présent aux cow-boys et aux indiens.

PAUL
Et maintenant, on fait quoi ?

JEAN-CHARLES, un peu paniqué mais voulant avoir l'air sûr de lui.
Laissons les s'amuser ! Ils ne font pas de mal...

Les enfants courent et crient plus fort. Ils sautent sur la canapé, renversent les meubles encore debout et lancent des coussins à travers la pièce. C'est une tornade vivante.

PAUL, paniqué.
Il faut faire quelque chose !

JEAN-CHARLES, de sa plus grosse voix.
Calmez vous ! Stop ! Arrêtez ça immédiatement !

PAUL
Faites quelque chose avant qu'ils ne détruisent la maison !

JEAN-CHARLES
Ça va, ça va ! La situation est sous contrôle ! (Il se prend un coussin dans la figure.) Alors là, ça ne va pas se passer comme ça ! (À l'enfant qui lui a lancé le coussin.) Viens là, toi ! (Il le poursuit.)

PAUL
On aurait pas dû leur donner autant de bonbons... Ça a l'air de les rendre fous...

JEAN-CHARLES, poursuivant toujours l'enfant.
Attends un peu que je t'attrapes !

Il essaye de se frayer un chemin parmi la masse d'enfants qui font barrage et le ralentissent.

PAUL
Mon dieu ! Il y en a un qui monte sur le frigo ! (Il attrape un balai et le tient devant lui.) Descends de là toi, c'est dangereux !

JEAN-CHARLES, revenant près de Paul complètement essoufflé.
Pas pu... Attraper... Trop vite...

PAUL
Il faut faire quelque chose... Il faut faire quelque chose... Il faut faire quelque chose... J'ai une idée !

Il se jette sur la télécommande et allume le téléviseur qui diffuse une chaîne de dessins animés. Tous les enfants se figent instantanément. Ils se tournent lentement vers le téléviseur et s'en approchent. Ils ont l'air hypnotisés par l'écran. Ils s'assoient devant, sur le canapé et par terre, et fixent l'écran avec des yeux vides. Paul et Jean-Charles se regardent d'un air entendu, ils sont fiers d'eux. Ils observent les enfants enfin calmés puis s'assoient sur des chaises pour suivre l'émission avec eux.

Scène 4

Les enfants sont toujours hypnotisés par le téléviseur. Paul et Jean-Charles se sont endormis. Valérie et Liliane entrent.

VALÉRIE
… et voilà comment on a emménagé ici !

LILIANE
C'est dingue quand même que ça soit vous qui ayez loué l'appartement ! (Elle voit Jean-Charles endormi.) Jean-Charles ! Pourquoi... Qu'est ce que tu fais là ?

JEAN-CHARLES, se réveillant
Quoi ? Non, je les ai mangés.

LILIANE
Jean-Charles. C'est moi.

JEAN-CHARLES, complètement réveillé
Oh. Qu'est ce que tu... ?

LILIANE
J'étais à l’hôpital et j'ai rencontré Valérie. (Un temps.) Mais sinon, ça va ?

JEAN-CHARLES
Oui, oui, ça va. (Un temps.) Et toi ?

LILIANE
Ça va aussi.

JEAN-CHARLES
Bon. C'est bien.

LILIANE
Jean-Charles, je me disais... Tu vois, j'ai réfléchi et...

JEAN-CHARLES
Et quoi ?

LILIANE
Je pourrais... Je veux bien revenir.

JEAN-CHARLES
Ah.

LILIANE
Comment « Ah » ?

JEAN-CHARLES
Ben... « Ah ». (Silence.) Je suis désolé.

LILIANE
Désolé de quoi ?

JEAN-CHARLES
Je préfère que tu ne reviennes pas. (Un temps.) Je pensais que j'avais besoin de toi. Je ne voulais pas que tu partes parce que... Enfin tu vois... Liliane, j'avais peur. Oui, j'avais peur. Que tu m'abandonnes, que je me retrouves seul. J'étais complètement mort de trouille, même ! (Il rit.) Et puis en fait, quand tu es partie... Je me suis senti bien. C'est pas contre toi, hein, c'est juste... Je m'étais trompé, voilà. Donc maintenant c'est plus la peine. C'est fini.

LILIANE
« Fini » ?

JEAN-CHARLES
Oui.

LILIANE
Bon. Tu es sûr ?

JEAN-CHARLES
Oui.

LILIANE
C'est drôle. Tu as changé. T'aurais jamais dit ça avant.

JEAN-CHARLES
Peut-être.

Silence.

LILIANE
Tu crois que ça aurait été pareil si... S'il y avait pas eu ça ? (Elle désigne le téléviseur.)

JEAN-CHARLES
Ça ? (Un temps.) Je sais pas. Peut être pas. Non. Non, sans la télé... J'aurais eu que toi.

Liliane prend la télécommande et éteint le téléviseur. Les enfants se secouent, comme s'il sortaient d'un long rêve. Ils se lèvent et partent.

LILIANE
Très bien.

Elle sort. Noir.

Scène 5

La scène est plongée dans le noir, on n'entend que les voix des personnages.

VALÉRIE
Paul, tu sais où sont les clés de la voiture ?

LAURENT ENFANT
Mon doudou est tout sale !

LILIANE
J'ai fait une tarte aux myrtilles !

PAUL
J'ai été licencié...

JEAN-CHARLES
Félicitations pour ton BAC, Laurent !

LILIANE
Et alors, cette copine, quand est-ce que tu nous la présente ?

LAURENT ADULTE
Je n'ai plus d'essence pour mon scooter !

VALÉRIE
Paul ! Tu étais où hier soir ?

PAUL
L'enterrement de Liliane s'est bien passé ?

JEAN-CHARLES
Quelqu'un a vu la télécommande ?

LAURENT ADULTE
J'ai eu l'infirmière de Jean-Charles au téléphone, il a fait un infarctus...

VALÉRIE
Elle est enceinte ? Oh, Laurent ! Je vais être grand-mère !

PAUL
Valérie s'est sentie mal, je l'ai amenée à l’hôpital ce matin.

LAURENT ADULTE
Je pars à Londres pour trois mois.

PAUL
Ramène moi de la gelée à la framboise.

LAURENT ADULTE
C'est promis.

L'horloge sonne treize coups.

Scène 6

Laurent est à présent un homme âgé. Il est assis dans un fauteuil roulant, près du canapé. Le téléviseur est éteint. Une infirmière entre.

LAURENT ÂGÉ
Dites... Je m'ennuie un peu...

L'INFIRMIÈRE
Vous me dites ça tous les jours depuis que je vous connais ! Vous devriez changer d'air.

LAURENT ÂGÉ
Bof...

L'INFIRMIÈRE
La montagne, la plage, ça ne vous tente pas ?

LAURENT ÂGÉ
Bof...

L'INFIRMIÈRE
C'est pourtant bon pour le cœur de sortir dehors !

LAURENT ÂGÉ
Si vous le dite...

L'INFIRMIÈRE
Vous n'avez pas d'occupation ici ? Des voisins ? Des amis ?

LAURENT ÂGÉ
Pas vraiment...

L'INFIRMIÈRE
Et la télévision ? Pourquoi ne l'allumez vous pas ?

LAURENT ÂGÉ
C'est comme dans la vie. Il s'y passe toujours la même chose.

L'INFIRMIÈRE
Vous devriez quand même essayer.

LAURENT ÂGÉ
Oui. Pourquoi pas. Ça ou autre chose...

L'infirmière sort.

Scène 7

Laurent s'approche du téléviseur pour l'allumer, mais celui-ci bascule et lui tombe dessus. Laurent est blessé, il gémit.

LA VOIX
Laurent ? (Silence.) Laurent ?

LAURENT ÂGÉ
… Oui ?

Un temps.

LA VOIX
C'est la fin, n'est ce pas ?

LAURENT ÂGÉ
Non ! Une seconde, je me redresse... (Il fait un effort pour se relever, puis retombe.) Ah !

LA VOIX
Tout va bien. Calme toi. Respire.

LAURENT ÂGÉ
J'ai peur.

LA VOIX
Il ne faut pas. Je suis là.

LAURENT ÂGÉ
J'ai mal.

LA VOIX
N'y pense pas. Ça va passer.

LAURENT ÂGÉ
Je suis fatigué.

LA VOIX
Dors, Laurent. Dors. C'est ce qu'il faut faire lorsqu'on a sommeil.

LAURENT ÂGÉ
… Oui. Bonne nuit, maman.

Il meurt.

LA VOIX
Au revoir, Laurent. Ça y est. C'est vraiment terminé, cette fois. Laurent est parti. Pourtant il est encore là, en chacun de nous. Laurent est Jean-Charles. Il est Valérie. Il est la caissière du supermarché, l'homme qui promène son chien, la fleuriste, le voisin. Laurent est vous et moi. Il est nous tous. (Un temps.) Maintenant qu'il n'est plus là, que le spectacle commence !

Le téléviseur explose dans un bruit de feu d'artifice. Noir.
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Yseult
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MessageSujet: Re: Les téléphiles   Mer 23 Déc - 10:50

Alors... J'ai ri tout du long, et je trouve ta pièce vraiment bien écrite !
Ma partie préférée est celle avec Jean-Charles et Liliane, où je me suis complètement immergée.
Si je dois avoir une réserve à formuler, ce serait sur la tirade finale de la Voix, ou plutôt la conclusion qu'elle apporte. Peut-être est-ce moi qui ne l'ai pas comprise, mais je l'ai trouvé bien faible par rapport au reste. "Eux c'est vous, c'est nous", c'est une fin que je trouve vue et revue, et j'avoue avoir été déçue de terminer sur ça après le plaisir que j'ai eu à lire ta pièce et après l'originalité que tu as montrée dans ton travail. Pour le coup, j'aurais préféré aucune conclusion à une conclusion assez convenue.
Ce n'est qu'une impression après ma première lecture, et j'ai la ferme intention de la relire encore ;-). Beau travail, en tout cas !
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ElmutDieMoumoute

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MessageSujet: Re: Les téléphiles   Mer 23 Déc - 10:56

Merci beaucoup Yseult !
Oui, je pense que tu as raison, la fin est un peu trop... Plop... J'avoue que je bloque vraiment sur cette dernière scène, je ne sais pas du tout comment conclure...
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Zeïphora

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MessageSujet: Re: Les téléphiles   Mar 19 Jan - 21:51

Bon, et bien, je l'ai lus. En fait, quand tu a annoncé 30 pages je me suis dis que c'était un peu long et que je le lirai demain... J'ai lus les premières lignes, et finalement le texte en entier ! Razz
N'ayant pas trop l'habitude de lire du théâtre (même quasiment jamais pour être franche), je ne sais pas si mon avis pourra t'apporter quelque chose...

Dans l'ensemble, je trouve ça vraiment bien. On rentre dans l'histoire, le thème est très sympa et puis on a un peu l'impression de suivre la vie des personnages du point de vue de la télé. Tout tourne autour d'elle. Et effectivement, il y à pas mal de familles où le téléviseur occupe une place importante, (je ne cautionne pas, mais c'est dans l'habitude de certains gens...). Tu nous raconte l'histoire de cinq personnes en juste quelques pages et c'est déjà assez pour que l'on se fasse une idée de leurs rapports les uns aux autres, de leur caractère, de leurs habitudes... Et je trouve très sympa.
Bon de là à me découvrir une nouvelle passion pour le théâtre, ça je ne sais pas. Mais ton théâtre à toi je l'aime bien !

Après, en petite remarque (parce-que j'aime bien critiquer les gens quand même), je trouve que le passage entre le départ de Valérie (partie 3, scène 3) et la perte de contrôle de Paul, c'est-à-dire la "montée en puissance" des enfants est peut-être un peu rapide ? Bon je n'ai jamais était confrontée à une foule de gamins surexcités du coup, ça peu vraiment partir en cacahuète en deux minutes comme ça ?

Sinon j'aime beaucoup l'expression de l'omoplate grattable de l'intérieur ! Wink
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