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 [Style] Gagner en dansité : la métaphore du Budget.

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Pumpkin
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MessageSujet: [Style] Gagner en dansité : la métaphore du Budget.   Ven 21 Juil - 11:10

Pourquoi gagner en densité ?

Mon grand apprentissage en écriture a été de gagner en densité, et c’est ce que je souhaite partager avec vous aujourd’hui. Mais d’abord, pourquoi vouloir gagner en densité ? La réponse est déprimante : un lecteur, ça s’ennuie vite. Votre histoire peut être aussi passionnante qu’elle le veut, elle ne vaut rien si personne n’a envie de vous lire.

Sauf si vous n’écrivez que pour vous-même, ce qui est parfaitement louable. Mais j’imagine que si vous êtes ici, c’est que vous avez décidé de ne plus écrire uniquement pour vous-même. Si vous voulez être lu, vous devez écrire pour vos lecteurs. Et dans ce cas, vous devez composer avec le temps d’attention qu’il vous octroie. Mais ne désespérez pas, nous ne sommes pas à la télé ! Les lecteurs de mots ont bien assez de patience pour que nous puissions leur conter nos merveilleuses histoires. Il faut juste faire attention à ne pas
abuser de cette patience.

Attention, je n’incite pas à mettre de l’action dans chaque page et à ne transmettre que l’excitation. Il y a beaucoup de sentiments dignes d’être passés par un texte. Mais la tristesse ou la sérénité aussi ont besoin de densité.

Plus techniquement, qu’est-ce que j’entends par « gagner en densité » ? La réponse est toute aussi déprimante : moins de mots. Mais pas seulement : plus de sens par mot, en vérité. Si vous avez constamment besoin de trois mots pour porter un seul sens, votre lecteur commencera à lire en diagonale. Si chaque mot porte trois sens, en quelques phrases vous aurez posé un univers, et en un paragraphe vous aurez raconté votre histoire. Mais aucun texte, aucune phrase n’a une densité constante. Certains mots veulent avoir plus de place, veulent résonner plus intensément. Mais comment votre lecteur peut-il saisir ces mots s’ils sont étouffés par trop d’adjectifs ? Comment les symboles peuvent-ils ressortir s’ils sont noyés dans un océan de détails inutiles ?

Gagnez en densité. N’écrivez aucun mot qui ne porte aucun sens. Chaque détail doit raconter une histoire. Chaque phrase doit sonner juste.

Gérer son "budget"

Ma métaphore préférée est celle du "budget" d’un texte. Lorsque vous écrivez, vous avez un budget avec lequel vous achetez des mots pour raconter une histoire. Si votre texte est "trop cher" (trop dur à lire) et votre histoire "trop pauvre" (pas assez intéressante), vos lecteurs ne vont pas l’"acheter" (la lire et l’apprécier ; je ne parle pas réellement de vendre un livre). Notez que je distingue le "prix" et la "valeur" : le but est de baisser le prix et d’augmenter la valeur.

Les mots ont différents prix. Par exemple, "subrepticement" est cher, parce qu’il n’est pas habituel, que le lecteur risque de buter dessus, voire de ne pas le comprendre du tout. Au contraire, "discrètement" est beaucoup moins cher : c’est un mot usuel qui ne pose problème à personne.

Les mots ont différentes valeurs. Par exemple, "sentier" a plus de valeur que "voie", parce qu’il porte plus de sens. Un sentier est une voie, généralement dans un milieu naturel, souvent étroite et tortueuse.

Le prix et la valeur ne sont pas toujours proportionnels. Par exemple, "incommensurablement" (étymologiquement « sans commune mesure ») est très cher mais n’a pas beaucoup plus de valeur que "très". À l’inverse, "campagne" ne coûte pas cher mais a beaucoup de valeur : c’est un mot courant qui décrit une région faiblement peuplée et naturelle sans être sauvage.

Gardez à l’esprit que ces deux axes ne sont pas les seuls selon lesquels examiner la pertinence d’un mot. Par exemple, un texte peut se vouloir ampoulé et abuser des mots "chers". Pour éviter les répétitions, il peut devenir nécessaire d’employer des mots moins usuels. Et la plupart des mots ont des nuances qui leur donnent plus ou moins de pertinence selon le contexte, le style, le lectorat, etc.

Maintenant, que faire de ces belles paroles ? Appliquons cette métaphore à des cas concrets en gardant pour but de gagner en densité.

Premier cas : ne rien acheter d’inutile. Certains mots n’ont pas de valeur en eux-mêmes. Il s’agit principalement des articulations logiques dont le texte peut se passer complètement. Méfiez-vous des "alors", des "donc" et des "ainsi". En les employant, vous achetez des mots qui n’apportent souvent rien au récit. S’en débarrasser allège le budget et fait immédiatement respirer un texte. (Je parlerai de "gommer les traits de construction" dans un autre topic.)

Deuxième cas : éviter d’acheter deux fois la même chose. Au niveau des mots, il s’agit de vérifier que chaque mot porte un sens qu’aucun autre n’apporte. Plus encore, il faut s’efforcer de faire porter un même sens pas le moins de mots possibles. Souvent, un écrivain hésite entre deux mots, deux nuances différentes. La solution fainéante est d’utiliser les deux. Ne faites jamais ça : vous payez deux fois pour une même chose. Les cas les plus évidents sont les purs pléonasmes. Par exemple, "attendre patiemment". Des fois deux adjectifs portent des sens similaires, et il faut sacrifier une nuance au profit de l’autre. Par exemple, pour "un immense arbre géant", garder "immense" donnera une nuance impressionnante alors que garder "géant" donnera une nuance merveilleuse, mais les deux adjectifs portent clairement le même sens. Méfiez-vous de ces maladresses surtout lors des descriptions.

Troisième cas : acheter un mot qui a la valeur de plusieurs mots. Mon exemple favori est celui du "petit chemin".  Nous payons deux mots qui portent des sens différents. Pourtant, il est possible de faire des économies en achetant un seul mot qui portera le sens des deux : "sentier". Chaque fois que vous voyez un mot un peu trop simple accompagné d’un adjectif, essayez de trouver un seul mot qui veuille dire la même chose.

Quatrième cas : acheter des mots qui ont plus de valeur. Lorsqu’il n’y a plus d’économie de mot possible, il y a toujours moyen d’augmenter le ratio valeur/prix. Certains mots simples peuvent être remplacés par d’autres mots plus précis, peut-être plus chers, mais beaucoup plus précieux. Cet exercice ne devrait pas vous paraître compliqué, parce que, vous qui écrivez, vous avez un grand vocabulaire. Pensez à l’utiliser à bon escient. Une simple maison peut être un manoir, un simple rouge peut être écarlate, une action rapide peut devenir prompte. Enrichissez votre vocabulaire tout en vous méfiant des mots inutilement abscons et vos textes gagneront en pertinence sans coûter plus cher à vos lecteurs.

Dernier cas : faites des choix. Celui-ci me semble le plus dur. Pas le plus complexe, mais le plus émotionnellement dur pour l’écrivain. Si votre texte a désespérément besoin de souffle, de respiration ; si votre lecteur ne peut lire sans buter, sans hésiter, sans relire… c’est qu’il vous faut faire des choix. Certains textes et certains auteurs cherchent à être exhaustifs dans leur description. Parfois nous-mêmes sommes saisis d’une image si nette qu’il nous faut absolument en communiquer les moindres détails à nos lecteurs. Malheureusement, toutes les scènes n’ont pas le budget nécessaire pour soutenir une vision aussi précise. Il faut alors sacrifier des nuances et taire des détails. Identifiez les scènes à petit budget, celles sur lesquelles on ne devrait pas s’attarder parce qu’elles ne font pas avancer l’histoire. Soulignez les éléments marquants ou symboliques en épurant les détails inutiles.




N'hésitez pas à me donner vos avis en réponse à ce topic. Est-ce que cette métaphore vous parle ? Est-ce que vous pensez écrire ou retravailler vos textes en l'utilisant ? Si vous le faites, venez nous le raconter et nous donner vos exemples et les choix que vous avez fait !

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MessageSujet: Re: [Style] Gagner en dansité : la métaphore du Budget.   Mar 25 Juil - 18:12

Arg... Je me sens tellement concernée par ce message...

Je trouve ce post vraiment intéressant. Tu m'avais déjà parlé des valeurs/prix des mots, et j'avoue que ces explications clarifient encore d'avantage les choses.
Je pense que le plus dur est effectivement de devoir "couper" son texte. Aux ateliers j'écris toujours des textes trop longs et ça me fendait le cœur de devoir les raccourcir. (Pour celles et ceux qui ne connaissent pas les ateliers d'écriture de Muret; les atelieristes doivent, le dernier jour, lire un écrit de plus ou moins 2min30)
Mais en discutant avec Pumpkin (et d'autres) j'ai pu comprendre qu'il ne s'agissait pas seulement de "charcuter" son texte, mais plutôt de conserver uniquement les éléments les plus importants, les mots qui font réellement vibrer le récit et le lecteur. En bref, enlever le gras de la viande pour laisser juste le cœur moelleux...
J'ai tendance à faire de longues descriptions, avec beaucoup de mots compliqués qui coûtent très cher, et au final les lecteurs se sentent parfois un peu perdus... Alors qu'en supprimant les mots trop lourds, les répétitions insidieuses, etc, on se retrouve avec un texte plus léger mais tout aussi puissant. Le contenu reste le même mais il est mit en avant !

J'espère que mon expérience personnelle est compréhensible et qu'elle pourra vous aider à bien saisir l'importance de ce que nous dit Pumpkin. Wink
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Pumpkin
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MessageSujet: Re: [Style] Gagner en dansité : la métaphore du Budget.   Jeu 3 Aoû - 13:17

Je reviens partager quelques nouveaux exemples, que je trouves en relisant mes textes, et peut-être identifier un nouveau cas où il est possible des faire des économie faciles : les nuances inutiles.

"C’était une calanque qui se prolongeait sous les rochers et formait une petite plage souterraine devant un bassin assez profond."

Essayez de trouver par vous même avant de lire la suite. Peut-être trouverez-vous d'autres réponses, qui seront certainement tout aussi intéressantes.

Voilà ce que j'ai supprimé : "petite" et "assez". Voilà la phrase après relecture :
"C’était une calanque qui se prolongeait sous les rochers et formait une plage souterraine devant un bassin profond."

En quoi est-ce que ces nuances sont intéressantes ? Parce que c'est ainsi que je les vois. Je trouve que la plage sous les rochers est petite (sinon ce ne serait pas une calanque mais une grotte !) et que le bassin est profond mais sans être abyssal. Alors je vous l'explique. Mais en réalité, est-ce que ça vous intéresse ? À mon avis, non. En fin de compte, je pense qu'il vaut mieux vous laisser imaginer vos propres dimensions : peut-être verrez-vous une grande plage souterraine et un bassin abyssal. Et si c'est le cas, est-ce la peine que je vienne vous ennuyer avec ces nuances en vous expliquant que la plage est petite et le bassin moyennement profond ?

En règle générale, méfiez-vous des adjectifs lambda comme "petit", "grand", "très", "peu", etc. Ils ne coûtent pas cher, mais n'ont pratiquement aucune valeur. Et souvent, ce sont des nuances inutiles.

Cependant, si vous évaluez une nuance mais qu'elle ne vous semble pas inutile, alors trouvez un terme plus riche, plus spécifique au sentiment que vous voulez faire passer. Est-ce que vous voulez que votre "petite plage" devienne "intime" ? Ou que votre bassin "assez profond" devienne "abyssal" ? Parfois, n'hésitez pas à changer ce que vous voyez pour gagner en richesse. Vous savez quoi ? C'est exactement ce que je vais faire : remplacer "profond" par "abyssal". Le bassin est passé de "assez profond", ce qui est "assez" précis mais pas très intéressant, à "abyssal", ce qui est beaucoup plus mystérieux et intéressant. En changeant légèrement ce que j'imaginais, je trouve que ma phrase a beaucoup gagné en densité : elle est plus courte et la description est plus percutante.

"C’était une calanque qui se prolongeait sous les rochers et formait une plage souterraine devant un bassin abyssal."




Qu'est-ce que vous pensez de cet ajout ? Est-ce que vous auriez travaillé cette phrase autrement ? N'hésitez pas à venir vous aussi partager vos expériences, que ce soit dans ce topic, dans les autres, ou en ouvrant votre propre topic dans la section "Conseils d'écriture". Je suis sûr que vous avez des choses passionnantes à nous faire partager !

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