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 Combat d'un instant

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Lauralune



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MessageSujet: Combat d'un instant   Dim 27 Aoû - 3:30

Bonjour !
Voilà ma participation au thème du mois. Je pense que c'est la première fois que j'écris un texte de ce genre, vos retours sont plus que bienvenus. Le texte n'est pas particulièrement violent mais il y a peut-être une ou deux phrases qui pourraient choquer les plus sensibles.

Bonne lecture Smile

--

Lettre retrouvée au domicile de D.Mesnier le lendemain de sa disparition.

"Je savais que vous viendriez. S'il-vous-plaît, mettez vous à l'aise, il reste de la salade de riz au frigo et du café moulu dans le placard. Servez-vous, asseyez-vous, j'ai quelque chose à vous raconter. L'histoire d'un combat mené contre moi-même pour l'amour de Julie Boulanger. Il y a maintenant quatre mois, en Juillet dernier, j'ai pris cette décision hasardeuse d'intégrer un cercle de parole hebdomadaire. Elle m'en avait parlé, notre séparation m'a fait sauter le pas. Je ne savais pas à quel point ces réunions allaient me révéler à moi-même dans un travail de chaque instant.

Nous apprenions à guetter le moment décisif où, emportés par l'émotion, notre conscience s'éteint. Dans un carnet rouge nous devions noter chacune de nos sensations avec précision pour nous encourager à reconnaître et apprivoiser nos pulsions destructrices. Je me suis livré à l'exercice dans un mélange curieux d'application et d'incrédulité. Je me souviens avoir noté ce picotement vif qui partait du bassin et parcourait l'échine tandis qu'une chaleur presque douloureuse consumait mes entrailles. Ces deux sensations qui semblaient cheminer l'une vers l'autre se rejoignaient au niveau de mon crâne et me procuraient une sorte d'exaltation colérique. A ce moment là il était déjà trop tard. Je me revois serrer les dents en expirant l'air de mes poumons comme un taureau prêt à charger. Mon carnet était bourré de ces observations pour chaque contrariété de la vie de tous les jours en apparence ingérable.

Nous en plaisantions entre nous, à ces cercles du vendredi, comparant les symptômes de notre maladie commune. J'aimais pouvoir en rire bien que je me sentisse différent de mes camarades. Ils avaient parfois des paroles choquantes dans lesquelles je ne me reconnaissais pas. Pourtant, loin d'en être dégoûté, je restais fidèle au rendez-vous dans l'espoir de récupérer Julie, cet être de douceur qui avait partagé ma vie. Un diamant dans le brouillard incessant qui entourait mes pas. Elle doutait de moi, je le savais, notre précédente dispute avait été douloureuse et depuis elle n'acceptait de me voir que par intermittence.

Le premier mois fut paisible comme si libérer ma parole avait libéré mes tensions. A nouveau je goûtais au bonheur de l'inviter au restaurant, la voir piquer sa fourchette dans la viande avec timidité. Quel plaisir de voir sa fine silhouette marcher devant moi. Ses bras fins que la paume de ma main épousait parfaitement. L'incarnation d'une féminité délicate et fragile.

Le deuxième mois nous avons retrouvé la chaleur de nos corps nus. Je savourais ces journées et ces nuits que nous passions ensemble. Je la voulais toute entière, près de moi, à chaque heure de la journée. Il m'était difficile d'accepter la distance qu'elle essayait parfois d'imposer. C'est à ce moment là que sont revenus mes picotements, à chaque refus qu'elle opposait à mes désirs. Niant mes efforts toujours plus grands. Unanimes, mes compagnons jugeaient que je vivais là une sorte de mise à l'épreuve. Comme j'aurais aimé prendre leurs avertissements plus au sérieux ! Ce n'était pas elle qui me mettait à l'épreuve mais moi-même. De plus en plus souvent je m'exposais à des situations dangereuses où mon corps me démangeait, menaçant de ne plus m'obéir. En avait-elle conscience ?

Trois mois. Trois mois sont bien trop peu pour se proclamer guéri. C'est pourtant ce que j'ai fait. Nous étions si heureux, comment n'aurait-elle pu me croire ? Je me pensais à l'abri d'une quelconque rechute. La rechute fatale qui signe l'overdose. Je me pensais plus fort que ceux dont l'esprit cède. Plus fort que ceux dont le corps se soumet à l'adrénaline et plonge dans le plaisir de la force brute. Et pourtant ce soir là le barrage a cédé. J'aimerais pouvoir vous dire ce qui a provoqué en moi ce raz-de-marée mais ma mémoire est floue. L'instant s'est évaporé avec la conscience que j'en avais. Seul comptait le râle de mon souffle entre mes dents serrées et ma toute puissance face à ma faible proie. A-t-elle dit quelque chose ? Je ne sais plus. Je me souviens de ce plaisir honteux à entendre mes phalanges craquer sur l'os de sa mâchoire. A voir ses soubresauts d'animal acculé sous mes coups. A voir son col se tâcher de sang et son visage se déformer sous mes assauts répétés. J'avais toujours su m'arrêter à temps mais cette fois j'ai succombé à mes pulsions plus violemment encore. Julie est morte à l'hôpital et vous tenez entre les mains les aveux de son assassin. Elle est tombée comme un ange entre les griffes d'un être maudit. Et me voilà seul, trop lâche pour m'infliger ce que je lui ai fait. L'absence d'un instant j'ai perdu mon combat."
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Estée



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MessageSujet: Re: Combat d'un instant   Jeu 31 Aoû - 20:33


Beau travail, belle écriture. C'est dit.
J'aime bien le côté réaliste que tu instilles en faisant passer ton texte pour une lettre retrouvée. Seulement un détail sur la cohérence : tu dis que ton personnage est lâche (enfin c'est lui qui le dit). Trop lâche pour se suicider, mais aussi trop lâche pour se rendre (comme au début tu dis qu'il est disparu on sait à la fin qu'il ne s'est pas livré par exemple). Pourquoi du coup se donne-t-il la peine d'écrire cette lettre avec ses explications et ses "aveux" si de toute manière il compte s'enfuir ? Dans la même veine, il est dit que Julie est morte à l’hôpital. Donc elle n'est pas morte sur place, mais morte des blessures qu'il lui a infligées. (Sauf si depuis le début Julie est une malade hospitalisée à qui il vient rendre visite mais ça parait peu probable.) Du coup, moi, lectrice pinailleuse je me dis : hum... qui a appelé les urgences ? M.Mesnier ? Non, impossible sinon on lui aurait demandé d'où venait les blessures et étant donné qu'un visage déformé, une mâchoire brisée, des contusions liées aux coups et un col taché de sang ne s'obtiennent pas facilement avec un accident domestique, il aurait fini au poste, et n'aurait pas eu après ça ni l'opportunité d'écrire la lettre ni celle de disparaître. Et si ce n'est pas lui, c'est qu'il s'est enfui sans avoir accompli pleinement sa tâche d'assassin mais laissant la belle bien amochée et 30 secondes plus tard le livreur de pizza la découvre et l'emmène aux urgences dans sa voiture de course. Parce vu que ce qu'il lui inflige comme coups à la pauvre Julie, je la vois mal survivre bien longtemps.
Autre hypothèse qui viendrait ficher en l'air les dix dernières lignes (et je me suis vraiment posé la question en lisant le dernier paragraphe) : M.Mesnier n'a pas des pulsions de meurtre mais de viol. Pleins d'éléments du texte vont dans ce sens :
"picotement vif qui partait du bassin et parcourait l'échine tandis qu'une chaleur presque douloureuse consumait mes entrailles", "une féminité délicate et fragile" qui fait écho plus tard à "faible proie" et "toute puissance", "Je la voulais toute entière, près de moi, à chaque heure de la journée. Il m'était difficile d'accepter la distance qu'elle essayait parfois d'imposer. C'est à ce moment là que sont revenus mes picotements, à chaque refus qu'elle opposait à mes désirs." là tu lies clairement la frustration sexuelle avec ses pulsions,"le plaisir de la force brute", "râle de mon souffle", "plaisir honteux", "A voir ses soubresauts d'animal acculé sous mes coups" et "mes assauts répétés" (très sexuels ces deux là à mon goût).
Dans ce cas, l’hôpital s'explique mieux, il peut bien se passer plusieurs jours avant que la victime ne soit vraiment en état critique pour sa vie (ou ne décide de mettre fin à ses jours, ne réussisse pas tout à fait et finisse à l’hôpital), de plus le violeur n'a de raison de tuer Julie sur place, et le "délai" laissé entre l'agression et la prise en charge médicale, (plus le fait qu'on ignore qui est le coupable) laisse le temps à ce dernier d'apprendre que Julie est morte, d'écrire la lettre et de s'enfuir juste avant que la police ne s'en mêle.
Mais là tu peux me dire : oui, mais c'est pas du tout un violeur en fait c'est "juste" un meurtier. (J'en profite pour rajouter ici que le mot "assassin" n'a pas vraiment sa place dans la 4ème avant-dernière phrase, puisque comme je l'ai apprit récemment meurtrier = quelqu'un qui tue intentionnellement quelqu'un d'autre et assassin = pareil mais en plus il a préparé son coup à l'avance le gros bâtard, nuance nuance) Bref, je disais là tu peux me dire : oui, mais c'est pas du tout un violeur en fait c'est "juste" un meurtier. Et tu auras raison. (Evidemment puisque c'est ton texte !)
Tout ça pour dire que je trouve ton texte passsionant et intriguant !
J'aime aussi que tu aies choisi ce point de vue et que tu abordes cette histoire comme un combat, la défaite étant vue avec la gravité de ses conséquences.
Le rythme est aussi très bien géré, et même si le destin de tes personnages se profile assez vite (d'autant plus que je connais le thème) tu ne perds pas ton lecteur et mon intérêt s'est maintenu vif jusqu'à la fin.
La fin, maintenant. Malgré toutes les qualités de ton texte et le fait que je voie très bien ce que tu veux dire, j'ai beaucoup de mal avec la phrase finale : "l'absence d'un instant j'ai perdu mon combat.". "L'espace d'un instant" je vois bien mais "l'absence" je vois moins. A voir ce que tu en dis et ce qu'en pensent les autres.
Voilà !
J'espère tu ne prendras pas mal le pavé que je viens d'écrire. Mon commentaire est presque aussi long que le texte que j'ai posté... Mais plus c'est long plus c'est bon !
Merci d'avoir partagé ce texte avec nous ! Je te relirai avec plaisir! Wink
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Lauralune



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MessageSujet: Re: Combat d'un instant   Ven 1 Sep - 0:17

Merci Estée ! Smile

Je suis contente que tu poses la question du cadre dans lequel s'insère cette nouvelle. Justement parce que je me suis demandée à quel point je devais l'expliciter... Après avoir écrit la première version j'ai écrit les faits dans l'ordre chronologique pour mieux cerner mon personnage. Je me suis dit qu'il avait amené Julie à l'hôpital annonçant qu'elle avait été agressée dans la rue et qu'il était venu la sauver déclenchant une rixe avec son agresseur (pour expliquer l'état de ses mains). Situation d'urgence, le personnel la prend en charge sans poser de question. Elle est inconsciente, ne pourra pas témoigner contre D. Mesnier. Lorsqu'il rentre chez lui il retrouve les traces de ce qu'il a fait, pris de nausée il se rend subitement à l'évidence, il a tué Julie. (Auparavant son esprit détraqué lui aura inventé tout un tas de raisons pour se détacher de sa culpabilité). Cela le rend malade, il ne retourne pas à son cercle de parole mais il a besoin d'écrire ce qui est arrivé. Un besoin qui lui vient de son habitude à tout consigner dans son carnet. (d'ailleurs ça aurait aussi pu être la dernière page de son carnet retrouvé chez lui). En parallèle il se dit qu'une enquête sera forcément menée sur cette histoire louche. Il sait que la police lui rendra visite. Il veut avouer, il veut se racheter, il écrit. Et pourtant il ne pourra pas faire face à ses responsabilités : il fuit.

En ce qui concerne le côté "violences sexuelles" ça ne m'étonne pas que cela transparaisse dans mon texte. Ce personnage est pris de pulsions malsaines, violentes et dominatrices et le viol entre complètement là dedans. J'imaginais les pressions psychologiques qu'il a du exercer sur Julie. Mais je me rends compte avec tes extraits choisis à quel point ce que tu dis est vrai : très sexuel tout ça.. !

Enfin pour "l'absence d'un instant" je le reconnais, c'est un caprice de ma part. Je voulais évoquer "l'espace d'un instant" et c'est "absence" qui est venu, j'ai gardé. Un moment d'absence, d'égarement, il a perdu le contrôle, tout a dérapé. Je crois d'ailleurs que pour "assassin" c'est aussi un caprice de ma part... Pour souligner qu'il connaissait très bien les risques de son entreprise et que rétrospectivement il se juge comme un "assassin". Culpabilité du psychopathe. Peut-être devrais-je raisonner mes caprices Wink

Merci en tout cas, ton commentaire est constructif et réfléchi, je ne peux pas le prendre mal Smile
N'hésite pas si tu as d'autres choses en tête !
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Estée



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MessageSujet: Re: Combat d'un instant   Mar 5 Sep - 11:16

Merci beaucoup d'avoir pris le temps de répondre à toutes mes interrogations ! Very Happy
Du coup pour le contexte je suis tiraillée entre d'un côté te dire qu'il faut l'expliciter parce que c'est intéressant et ça peut consolider encore plus ton récit et d'un autre j'aime bien les textes où ne sait pas tout, où on est obligé d'essayer de deviner ce qu'on ne sait pas. (En plus le personnage sait ce qu'il lui arrive lui, c'est normal que quand il parle qu'il ne donne pas tout les détails.)
Pour "l'absence d'un instant" ça me donne l'impression que tu veux dire deux choses différentes (avec une nuance légère mais quand même) et que tu essayes de les compacter grâce à l'analogie "absence" "espace" alors que les deux idées dont tu parles, moment d'absence, de laisser aller, d'abandon et le fait que tout se joue l'espace de ce moment là sont très importantes et peut être tu peux t'accorder un peu plus de place pour les convoquer Wink
Pour l'"assassin" du coup autant pour moi tu as eu raison de le garder, c'est vrai que ton personnage a un côté très conscient de ses actes !
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